Posts by Angelus kakanou

L’ange du Burundi au rire juvenile

On l’appelle Maggy. C’est une femme mûre mais son rire est si juvénile qu’on lui donnerait deux ou trois décennies de moins. Son vrai nom est Marguerite Barankitse. Courageuse et déterminée, elle vient en aide aux enfants de son pays, le Burundi, et même à ceux d’ailleurs. Elle a soixante ans et depuis l’âge de vingt-trois ans, cette dame adopte, abrite, nourrit, cajole et éduque les enfants de rue, les orphelins et les jeunes victimes des guerres ethniques, principalement des enfants burundais. Je l’ai eue au téléphone pour une interview. C’est grâce à un ami cinéaste qui a bien voulu me donner ses coordonnées au Rwanda. Oui, elle vit dans ce pays voisin du Burundi. Cette dame à la foi chrétienne inébranlable a été contrainte à l’exil en 2015 pour avoir dénoncé à la télévision les exactions commises par le gouvernement du président Pierre Nkurundziza. Quand je lui ai demandé d’où lui est venue sa vocation, elle a commencé par le début. « Tout a débuté en octobre 1993 lors du génocide au Burundi. Une mère m’a demandé de garder ses enfants et même si rien ne peut remplacer l’amour maternel, j’ai accepté de les cacher des génocidaires. J’ai vécu sept mois en cachette avec vingt-cinq enfants. » Ensuite, elle a créé la « Maison Shalom » qui veut dire la maison de la Paix. C’est une organisation non-gouvernementale qui vient en aide aux enfants victimes des guerres, de l’abandon et de la misère. Ces enfants appartiennent aussi bien à l’ethnie hutu que tutsi. Selon des statistiques trouvées en ligne, elle a réussi à sauver plus de vingt-mille enfants d’une fin tragique depuis plus de vingt ans. Quand je lui pose la question, elle admet presque timidement qu’il y en a bien plus. C’est comme si sa modestie l’empêchait de s’étendre sur le sujet. En insistant un peu, elle finit par ajouter : « Il y a eu des mamans enceintes qui craignaient d’être violées par des milices, des adolescentes, des soldats, des jeunes sortis de prison et sans domicile, même des petits fuyant la guerre dans l’Est du Congo. J’avais trois grands centres dans différentes régions du Burundi avant que la dictature ne les ferme. Mais fermer ses locaux ne veut rien dire, ajoute-t-elle rapidement. Aimer son prochain, c’est le plus important. Ça, le tyran ne peut pas m’en empêcher. » Sa fuite du pays il y a deux ans est digne d’un roman policier. Elle a vécu cachée pendant un mois alors que les autorités burundaises tentaient de l’arrêter. « Je ne voulais pas quitter mon pays. On ne quitte pas sa maman quand elle est malade. » Ce sont ses multiples enfants adoptés qui l’ont suppliée de partir. « Ils m’ont dit on ne veut plus être orphelins. Alors, je me suis déguisée et avec deux passeports diplomatiques, j’ai réussi à berner les douaniers.» Maggy me raconte ensuite une anecdote qui illustre la tendresse infinie qu’elle a pour tous ces enfants qu’elle a sauvés. « Avec les différentes guerres au Burundi, puis dans l’Est du Congo, il y a eu des enfants métisses issues des viols des militaires de la force internationale de l’ONU. Un journaliste occidental a demandé à un de ces gamins ses origines et il a répondu « Hutsi-twa-congo-zungu ». L’enfant avait mé- langé tous les groupes ethniques qu’il connaissait pour s’identifier. « N’est-ce pas touchant et beau de sa part ? » Je lui ai demandé d’où venait son courage, cette force pour faire face à la haine et la dénoncer. Elle mentionne tout d’abord sa foi chrétienne. Quand elle réussit à avoir un peu de temps libre, elle médite, prie et s’émerveille elle-même devant la tâche que Dieu lui a confiée. Ensuite, il y a son grand-père, l’homme qui l’a élevée car elle a perdu son père très tôt de maladie. « Mon grand-père était un homme courageux, qui avait un grand sens patriotique, beaucoup de dignité et d’honneur. » Et le Burundi aujourd’hui? « C’est une prison à ciel ouvert » déclare Maggy, un brin de tristesse dans la voix. « Nkurunziza s’est créé un enfer. Il ne voyage plus. Il a peur. Je prie pour lui. » La tristesse est vite remplacée par une main tendue, une oreille aussi, même si les exactions et les meurtres lui sont odieux. « Comment peut-il oublier que cinq-cent mille Burundais ont fui le pays? Qu’il était réfugié lui aussi et qu’il a perdu son père? Il devrait tirer les leçons des autres dictateurs comme Mobutu ou Marcos. » Marguerite Barankitse redevient soudainement sereine, convaincue de ce qu’elle avance: « Nous rentrerons chez nous et peutêtre bientôt ». « La haine ethnique est le résultat de la pauvreté, de l’ignorance, de l’illettrisme. Ce n’est rien d’autre, commente d’un ton neutre l’activiste pour la paix. Nous sommes des mendiants assis sur des lingots d’or. Le Burundi est capable de nourrir plus de vingt-cinq millions de personnes tellement son sol est fertile, c’est-à-dire plus du double de sa population. C’est la mauvaise gouvernance.» En attendant ce retour au pays natal, cette dame qui a reçu de nombreuses récompenses, prix et doctorats honorifiques pour son œuvre auprès des enfants martyrisés continue sa mission. Elle a envoyé plus de trois cents jeunes dans les universités dans le monde avec des bourses pour l’enseignement d’un métier. Elle est persuadée que la connaissance est la clé de la réussite d’un pays. « La bonne éducation inclut des valeurs de dignité et de compassion ». Avant de la quitter, je ne peux m’empêcher de lui demander comment on se sent quand on a été surnommé « L’ange du Burundi » et qu’on a reçu récemment un prestigieux prix des mains de l’acteur George Clooney. Son rire juvénile précède sa réponse. « Si Dieu, par Jésus-Christ mort sur la croix, a vécu chez un charpentier, qui sommes-nous pour nous vanter? Je n’ai pas de plan d’action. C’est Dieu qui m’aide. »

les défis des minorités a accéder a la justice en ontario

Les défis des minorités raciales à l’accès à la justice en Ontario sont nombreux. Rappelons tout d’abord que lorsqu’un justiciable a besoin d’un avocat, il faut qu’il puisse le payer. Or les frais d’un avocat sont élevés même pour une consultation préliminaire. Nous avons Aide juridique Ontario (AJO) qui est un organisme provincial qui vient en aide aux Ontariens les moins fortunés. On peut obtenir des renseignements gratuits sur le droit de la famille, sur les questions complex- es liées aux immigrants et aux réfugiés. Toutefois les critères d’admission à l’aide juridique sont très stricts. Par exemple, pour une famille de 3 personnes, le revenu familial doit être de 39 352 dollars au maximum afin d’obtenir des conseils juridiques sommaires et un avocat de service. Les Avocats de service sont des juristes qui sont dans les tribunaux et qui peuvent donner des conseils. On peut constater que l’AJO vise les plus démunis. Même si cette tranche de personnes mérite de l’aide, il y a également ceux qu’on appelle en anglais les « working poors ». Ceux qui travaillent tout le temps mais n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Il faut constater que cette population ne peut obtenir une aide adéquate car le salaire dans cette catégorie dépasse les critères établis. L’AJO exigera alors le remboursement de l’aide obtenue. Conséquence? La personne qui travaille va crouler sous les dettes pour avoir essayé d’obtenir justice. Il est vrai qu’on peut faire appel d’une décision sur l’admissibilité d’une personne. Mais il ne faut pas oublier que la procédure prend du temps et si vous êtes dans une situation de crise, vous devez agir rapidement. Par ailleurs, les obstacles systémiques continuent de nuire à l’accès à la justice. La représentation des minorités visibles dans le système juridique est faible en Ontario. Selon le recensement de Statistique Canada datant de 2001, l’Ontario comptait 54% des minorités visibles au Canada. Ce nombre a augmenté depuis. En 2015, dans une interview au média Global News, Arleen Huggins, membre de l’Association canadienne des avocats Noirs, a dénoncé le fait que le gouvernement fédéral ne fait aucun recensement des minorités visibles au sein du système de justice au pays. Il tient en compte les juristes unilingues et bilingues mais pas leur appartenance raciale. Un autre phénomène est le profilage racial. De nombreux cas de membres de communautés raciales sont devant les tribunaux pour des accusations non fondées. En 2016, il y a eu le cas de Nosakhar Ohenhen qui a purgé 5 ans de prison pour possession d’arme à feu et de drogue, puis acquitté car il était innocent. Il fut arrêté parce qu’il était Noir à bord d’une voiture de luxe, une Jaguar. Les policiers lui avaient également refusé le droit d’appeler un Avocat. L’accès à la justice est un chemin difficile à parcourir quand on est pauvre en Ontario, même quand on est une minorité raciale. Les rouages pour obtenir de l’aide sont complexes. L’aide existe mais ceux qui sont pauvres et travaillent, par peur de s’endetter, décident de ne pas réclamer justice quand ils sont innocents. Même les minorités visibles ayant des moyens de se payer un Avocat ont moins de chances de gagner leur procès car il y a une sous-représentation des populations racialisées au sein du système juridique en Ontario et dans le reste du pays. Quand bien même on améliorerait ces questions, il reste la sensibilisation à faire auprès des policiers capables de refuser à une minorité visible ses droits constitutionnels simplement à cause de la couleurde sa peau et du modèle de sa voiture.

Didier Leclair, écrivain

LETTRE D’AMOUR À LA HAVANE

Si vous êtes allés à Cuba, comme une foule de gens, vous affirmez peut-êtreconnaître La Havane. Vousavez plutôt une vague idée car il y a 300 raisons d’aimer La Havane, titre du guide préparé par Heidi Hollinger qui séjourne régulièrement dans la capitale cubaine depuis 1989. Avec ses décors, ses parfums et ses sons, La Havane est « d’une formidable sensualité ».Hollinger dresse d’abord une liste de ses coups de cœurs : les plus beaux exemples d’art déco, les rues qui invitent à la promenade, les bars à cigares, les plus beaux couchers de soleils, les tables exotiques d’exception, les meilleures glaces, etc. On qualifie El Malecón de plus long banc de parc au monde (sept kilomètres de la Vieille Havane à l’ouest de Velado). Il faut s’asseoir sur son parapet, dos à la mer « pour observer les marées humaines ». Vous y croiserez sans doute un vendeur de cacahuètes rôties maison (4 cents le cornet); « parvenir à en extraire la dernière cacahuète est le plus grand défi qu’on puisse relever à la Havane ». La Mecque Art déco est sans contredit l’Édifice Bacardi (1930), premier gratte-ciel de la capitale; seul le hall est accessible aux touristes, mais il en vaut vraiment la peine. « Allez-y, c’est un must. » Si vous préférez quelque chose de plus classique, de plus ecclésiastique, alors rendez-vous à l’Iglesia y Convento de Nuestra Señora de la Merced pour y admirer « le plus extraordinaire ensemble de fresques et de toiles réalisées par d’éminents artistes cubains du XIXe siècle. Une splendeur. » Si vous n’allez qu’à un restaurant de La Havane, que ce soit La Guarida. C’est là qu’on a tourné le film Fresa y Chocolate. Il est suggéré d’essayer les tacos de poisson ou le ceviche cubain. Le plat préféré de l’auteure est « le visuellement et gastronomiquement sublime carpaccio de pieuvre ». N’oubliez pas de réserver. Si vous êtes un jeune homme souhaitant arborer le look cubain, alors traversez la rue en sortant d’El Café et entrez dans le minuscule salon Neldys Y Rey (Amargura no 361, entre Aguacate et Ville-gas). Tous les styles sont autorisés (toutes les couleurs aussi). C’est une vraie « ruche d’inventivité capillaire ». Que devrais-je rapporter dans mes bagages? Trois choses : 1) le rhum Santiago de Cuba de 11 ans, mais le Santiago Añejo (7ans) est aussi excellent et quatre fois moins cher; 2) des cigares achetés dans les magasins de l’État (méfiez-vous des faux offerts par les camelots); 3) du café fraîchement torréfié, Serrano est la meilleure marque. Original et hors des sentiers battus, ce guide est une véritable lettre d’amour à La Havane. Heidi Hollinger, 300 raisons d’aimer La Havane, guide traduit de l’anglais par Marie-José Thériault, Montréal, Éditions de l’Homme, 2018, 288 pages, 29,95 $.