Le gouvernement ontarien, par la voix de sa ministre déléguée aux Affaires francophones, Marie-France Lalonde, s’est engagée en novembre dernier à réformer la Loi sur les services en français (Loi 8). C’est sûrement en se basant sur le rapport du Commissaire aux services en français, François Boileau, que le gouvernement ontarien a compris qu’il faut réviser cette loi.

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) est du même avis. Elle a mis un sondage sur « la modernisation » de la loi sur les services en français en ligne. Vous pouvez aller donner votre opinion sur le bien-fondé de cette réforme jusqu’en septembre de cette année.

Soyons maintenant plus précis en expliquant les raisons de ce besoin de réforme. La population francophone en Ontario dite de « souche » est vieillissante et elle s’amenuise. Par ailleurs, d’après les données du Ministère des Affaires civiques et de l’Immigration de l’Ontario, l’immigration francophone est au plus bas depuis 15 ans dans la province. En 2010, ils étaient plus de 3500 à s’être installés en Ontario, en 2015, ils furent à peine 2061. D’ailleurs, l’AFO, dans son livre blanc sur l’immigration francophone, réclame entre autres que 5 % du total d’immigrants en Ontario soient francophones.

C’est dans ce contexte qu’il faut voir le besoin d’une refonte de la Loi 8. Ne vous faîtes pas avoir par les propos de certains qui proposent la réforme parce que « le visage de la francophonie a évolué. Une diversité culturelle s’est composée. » Soyons franc, il y a péril en la demeure, le feu est à la porte. Si le Commissaire François Boileau, le président de l’AFO Carol Jolin ou même la ministre Marie-France Lalonde sont d’accord (en principe) pour une refonte de la Loi 8, c’est parce qu’elle aurait dû avoir lieu il y a au moins dix ans.

En effet, le visage de la francophonie a évolué depuis longtemps et la présence des minorités visibles francophones n’est pas nouvelle. Il suffit d’aller dans nos écoles pour le constater. Ces enfants aux origines diverses ont des parents qui sont en Ontario depuis des décennies. L’idée du
« nouvel arrivant » comme la raison d’une loi à rajeunir est erronée et à certains égards, de mauvaise foi. Cette refonte de la Loi 8 est en retard. Quelqu’un a dormi « sur la switch ». Il n’y a pas de héros.

Ce que propose le rapport du Commissaire au service en français n’est donc pas avant-gardiste. Bien au contraire. Par exemple, la recommandation qu’on élargisse la définition des francophones de l’Ontario au sein de la Loi 8. On les définirait ainsi : « les personnes pour lesquelles la langue maternelle est le français, de même que les personnes pour lesquelles la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais, mais qui ont une bonne connaissance du français comme langue officielle et qui utilisent le français à la maison. »

Le gouvernement ontarien a déjà adopté cette définition inclusive de francophone (DIF) en 2009. Le problème est que les ministères et les organismes gouvernementaux n’utilisent pas la DIF de façon uniforme. Insérer cette notion dans la Loi 8 ne garantit pas que les francophones de l’Ontario seront mieux desservis. C’est bien de le réclamer, ce n’est toutefois pas révolutionnaire, encore moins péremptoire.

C’est comme une autre recommandation phare de ce rapport. Mettre fin aux 26 régions désignées qui reçoivent des services en français et proposer la désignation de tout l’Ontario sous la Loi sur les services en français modifiée. Si nous n’avons que 26 régions désignées, c’est parce qu’il y a un lobby anti-francophone qui refuse davantage de services. Comment ce gouvernement pourra-t-il convaincre les élus provinciaux d’accepter une telle réforme ? Certains d’entre eux nourrissent la même phobie des francophones que les élus locaux. Doit-on rappeler qu’on n’arrive même pas à avoir une capitale nationale bilingue ?

En tant que francophone issue des minorités visibles, le livre blanc sur l’immigration francophone de l’AFO et les recommandations du Commissaire Boileau sur la refonte de la Loi 8 montrent de bonnes intentions, rien de plus. Cette urgence pour reconnaître l’apport des minorités francophones a un parfum de désespoir.

Unir les forces des Franco-Ontariens pour lutter contre l’assimilation et améliorer les services en français sont des luttes nobles et il n’est pas question ici de nier les efforts de l’AFO ou du Commissariat. Mais personne ne devrait annoncer que « le visage » des Franco-Ontariens a évolué. On a attendu ni l’AFO, ni le Commissaire aux services en français pour prendre notre place. La vraie question est de savoir si ces figures officielles de la francophonie ontarienne vont finalement courir au même rythme que nous.

Didier Leclair, écrivain